Juridique

Cession de fonds de commerce vs cession de parts : droits d'enregistrement et TVA

Différences juridiques et fiscales entre cession de fonds de commerce et cession de parts en Belgique : TVA, droits, conséquences sociales et patrimoniales.

Équipe juridique Axora22 mars 202610 min de lecture
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Deux structures, deux univers fiscaux

En Belgique, céder 'son entreprise' peut juridiquement désigner deux opérations radicalement différentes : la cession de parts sociales (le véhicule juridique change de mains) ou la cession de fonds de commerce (seuls les actifs économiques changent). Ce choix détermine la fiscalité, les garanties, les formalités et jusqu'à l'identité de l'entité qui continue l'activité.

La cession de parts sociales en détail

La cession porte sur les parts sociales d'une SRL (ex-SPRL) ou les actions d'une SA. Régi par les articles 5:63 à 5:68 CSA (pour la SRL) et 7:78 à 7:85 CSA (pour la SA).

Formalités

  • SRL : cession par acte authentique (notaire) obligatoire depuis 2019 (art. 5:64 CSA), inscription au registre des parts, approbation AG si statuts l'exigent (clause d'agrément)
  • SA : inscription au registre des actions (simple signature), ou transfert via dépositaire central (Euronext)
  • Publication MB : actes modifiant les administrateurs/gérants

Fiscalité du cédant

  • Personne physique : exonération totale si gestion normale de patrimoine privé (art. 90, 1° CIR 92). Imposition à 33 % si spéculation (art. 90, 1° in fine), à 16,5 % si cession à acquéreur hors UE (art. 90, 9° CIR 92). Décret 'sur les plus-values sur actions' 2025 à surveiller.
  • Personne morale : exonération via le régime RDT / plus-values sur actions (art. 192 CIR 92) sous condition de 1 an de détention et de taxation de la filiale

Droits d'enregistrement

0 € — la cession de parts est exonérée de droits d'enregistrement (art. 159, 11° CDE). Seuls les droits fixes d'acte notarié (50 €) sont dus.

TVA

Hors champ — la cession de parts n'est pas une prestation soumise à TVA.

La cession de fonds de commerce en détail

Le fonds de commerce est une universalité juridique composée d'éléments corporels (matériel, stocks, aménagements) et incorporels (clientèle, enseigne, droit au bail, propriété intellectuelle). Régi par les articles XVII.1 à XVII.39 du Code de droit économique et les articles 1841 et suivants du Code civil.

Formalités

  • Contrat de cession écrit (acte sous seing privé ou authentique)
  • Inventaire détaillé des éléments cédés
  • Notification fiscale préalable (art. 442bis CIR 92) au receveur : délai de 30 jours pour qu'il signifie les dettes éventuelles, à défaut certificat de quitus
  • Notification ONSS parallèle (art. 16ter loi 27 juin 1969)
  • Enregistrement de l'acte (bureau de l'enregistrement) dans les 4 mois

Droits d'enregistrement

Le fonds de commerce en tant que tel n'est pas taxé (droit fixe 50 €). Mais les éléments qui le composent le sont individuellement :

  • Immeubles inclus : 12,5 % (Wallonie), 12 % (Flandre, taux standard 2025), 12,5 % (Bruxelles) sur la valeur vénale
  • Véhicules : immatriculations à renouveler (taxe de mise en circulation)
  • Marques déposées : transfert à l'Office Benelux ou EUIPO (≈ 100-300 €)

D'où l'intérêt de filialiser l'immobilier avant cession : créer une SPRL immobilière qui loue au repreneur, évitant ainsi les droits d'enregistrement sur l'immeuble.

TVA — l'article 11 du CTVA

Règle cruciale : l'article 11 du Code TVA exonère la cession d'universalité de biens ou de branche d'activité (fonds entier). En pratique, cela signifie qu'aucune TVA n'est due sur la cession du fonds si : 1) Le fonds constitue une universalité autonome 2) L'acheteur est assujetti TVA 3) L'acheteur poursuit l'activité

En revanche, une cession d'actifs isolés (uniquement le stock, uniquement le matériel) est soumise à TVA 21 %.

Fiscalité cédant (société)

Plus-value taxée à l'impôt des sociétés (25 % taux normal 2026). Étalement possible si réinvestissement en immobilisations dans les 3 ans (art. 47 CIR 92). Pour un dirigeant personne physique cédant son fonds, imposition en revenu professionnel taxé selon grille IPP (jusqu'à 50 % + cotisations sociales) — très désavantageux.

Conséquences sociales : le grand différenciateur

  • Share deal : la société employeur ne change pas, tous les contrats de travail continuent sans formalité. Les représentants du personnel (CE, CPPT) restent en place.
  • Asset deal : application automatique de la CCT 32bis — transfert des contrats avec maintien de l'ancienneté et des avantages. L'acheteur reprend toutes les obligations sociales nées avant le transfert (voir article dédié).

La différence de coût d'intégration sociale peut atteindre 50 000-150 000 € sur une PME de 20 salariés.

Tableau de synthèse

AspectCession de partsCession de fonds
Prix pour le cédant personne physiqueQuasi netLourdement taxé
Prix pour le cédant sociétéExonéré RDTIS 25 %
Droits enreg. acheteur0 €Variables (immeuble)
TVAHors champExonérée art. 11
Passif héritéTotalSélectif
Goodwill amortissableNonOui (10-20 ans)
ProcédurePlus rapidePlus lourde
ContratsConservésRenégociés sauf CCT 32bis

Comment choisir en pratique

  • Petite entreprise familiale < 500 k€ VE, cédant personne physique : cession de parts, exonération fiscale imbattable
  • Société avec nombreux contentieux fiscaux : cession de fonds pour isoler le passif
  • Groupe souhaitant amortir le goodwill : cession de fonds (filialisation préalable possible)
  • Activité avec permis/agréments personnels (cabinet médical, études, franchises) : souvent cession de parts obligatoire
  • Deal > 5 M€ avec *post-closing* complexe : share deal avec GAP robuste et éventuellement Warranty & Indemnity insurance

La négociation de la structure est souvent aussi importante que la négociation du prix. Nos guides juridiques détaillent les cas pratiques.

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